Derrière le miroir!

Il était une fois l’histoire d’un miroir. Non, non, pas un miroir magique comme dans les contes de fée, pas le miroir d’Alice qui vous emmène dans un...

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Il était une fois l’histoire d’un miroir. Non, non, pas un miroir magique comme dans les contes de fée, pas le miroir d’Alice qui vous emmène dans un autre monde rempli de lapins travaillant du chapeau et de chenilles adeptes de la pipe. Pas même le beau miroir de la sorcière dans Blanche-Neige qui savait à coup sûr qui était la plus désirable. Il était une fois l’histoire d’un miroir bien plus pervers que ça.
Grand, au pourtour en bois finement ciselé et doré à l’or fin, çà et là piqueté par l’âge. Quatre mètres de long, sur un peu moins de deux mètres de haut, il ornait fièrement le mur de mon salon. Il était immense pour la pièce, remplissant quasiment la totalité du mur. Lui faisait face une banquette de style Louis XVI dont le bois patiné et sculpté faisait écho à celui qui encadre le miroir. Ce canapé lui aussi était de dimensions généreuses, et l’on y tenait aisément à plus de deux. Ses huit pieds colonnes, son assise matelassée couverte de velours rouge, les coussins qui y prenaient place lui donnaient une allure cosy qui invitait au délassement, et il faut bien l’avouer à la luxure. Miroir et banquette me venaient d’un héritage, celui de mon grand-oncle Edmond.
Edmond était un homme chaleureux, épicurien, amoureux de la vie et des femmes sans aucune mesure. Un bon gros homme au gilet rouge et à la moustache dense comme les années trente en produisirent beaucoup. Il traversa dans ces années là une période faste. Son travail lui assurait assez de ressources pour mener une vie de pacha. Malheureusement, tout cessa en mille-neuf-cent-quarante-six, date à laquelle la loi  » Marthe Richard  » mit fin à ses lucratives activités. L’oncle Edmond était tenancier de maison de tolérance. Souteneur, proxénète, patron de bordel pour être trivial et totalement exact. Il dirigeait une des nombreuses annexes du Chabanais, ce lupanar célèbre tenu par sa collègue et amie, Madame Kelly. Chez Oncle Edmond, point de baignoires pleines de Champagne pour le plaisir d’Édouard VII, non. Le luxe était ici plus discret, la clientèle moins raffinée -mais malgré tout bien élevée et propre sur elle ! – et mon canapé y prenant bonne place, il vit passer plus de croupes et de cuisses qu’un fauteuil de dentiste.
De mémoire, fauteuil et miroir s’étaient toujours fait face. Au salon de l’appartement que j’habitais dans cet immeuble dont j’étais le propriétaire, ils avaient la même disposition. Ou presque. Je vivais dans une résidence Haussmannienne sur un grand boulevard parisien. J’avais quelques locataires. Au rez-de-chaussée Madame Fernande, une nonagénaire sympathique et sourde comme un pot. Au premier, deux hommes partageaient le palier. Des célibataires. Au second, moi-même, et dans le logement qui faisait face au mien, Mademoiselle Gaïa. Une jeune femme brune aux cheveux longs et aux yeux sombres, bombe incendiaire d’origine italienne à en croire la carnation dorée de sa peau et la chaleur de son prénom, tempétueuse, riante et remuante, toujours en train de courir ! Du haut de son mètre soixante-dix majoré d’au minimum six centimètres de talon, elle menait la dragée haute à tout l’immeuble. Fernande la considérait comme sa fille, les deux zouaves du premier lui obéissaient au doigt et à l’œil et moi… moi j’en oubliais parfois mes obligations de propriétaire. Il faut dire que des locataires comme elle, je craignais de ne jamais en croiser d’autres.
Pour en revenir à ce miroir si particulier, il était posé sur le mur qui nous était mitoyen. Du côté de Gaïa le reflet de son auguste personne, et du mien, une vue directe chez elle. Ce miroir était sans tain, et je l’avais moi même intégré à nos habitations lors des travaux de réfection du bâtiment. Pour être précis, de mon côté le salon, du sien sa chambre et son grand lit qui lui faisait face. A elle le plaisir de son reflet, la vision de ses jeux les plus intimes, à moi le spectacle de son corps nu et souvent peu sage pendant que je m’installais confortablement allongé dans le canapé à m’adonner à l’onanisme.
Un soir que j’attendais son retour dans le noir -la lumière m’aurait trahi- j’eus la surprise de ma vie. Gaïa, je l’avais souvent vue jouer à la bête à deux dos avec les garçons du premier. Un jour l’un, un jour l’autre, parfois les deux dans la même journée. Je l’avais souvent observée aussi se caresser seule en lisant quelque roman érotique dont elle était grande consommatrice, ses mains malaxant ses seins, ses doigts humides glissant sur son intimité, ses jouets phalliques plongeant en elle… mais ce soir là…
Je ne m’attendais à rien, je somnolais dans l’obscurité quand j’entendis sa porte d’entrée s’ouvrir et son rire cingler dans le hall. La porte de la chambre fut poussée violemment et je vis deux femmes se diriger vers le lit. Au bras de ma voisine, sans doute la deuxième merveille du monde, presque aussi belle que Gaïa qui en est le joyau ultime. Son sourire aurait pu illuminer la pièce, et les reflets d’or de ses cheveux me brûler les yeux. Toutes deux en imperméables beige et en talons-aiguilles, elles dégageaient une envie de s’étreindre qui aurait pu traverser le miroir tant elle s’exhalait d’elles avec force. L’inconnue jeta Gaïa sur le lit, et sans ménagement se glissa entre ses cuisses. Aux mains crispées empoignant le matelas, je devinais et partageais une once du plaisir qu’elles prenaient. La tête enfouie dans l’entre jambe de ma voisine, les cheveux dépassant à peine de la toile cirée du manteau, les mouvements de son crâne se synchronisaient avec des gémissements divins. Moi, presque machinal je déboutonnais mon pantalon de velours pour me prendre en main. Une longue séance de plaisir s’entamait sous mes yeux écarquillés. Gaïa en avait fait des folies, mais jamais elle n’avait ramené une demoiselle à la maison. Cela dit, sa prétendue inexpérience n’avait pas altéré son bon goût. Ses hommes étaient bien choisis, cette femme l’était tout autant. Et à voir ses doigts saisir et s’emmêler dans la dense chevelure de son amante, elle n’était pas que jolie, elle était également douée.
Les mains de l’inconnue remontaient le long de l’imperméable afin d’en faire sauter les gros boutons nacrés avec douceur. Au fur et à mesure que s’ouvrait le vêtement, je découvrais le corps nu de ma Gaïa. Sous sa gabardine, rien. Posée à même la peau, je l’imaginais se promener dans les rues de Paris, laissant le vent frais la caresser. Je la rêvais croiser et décroiser les jambes aux terrasses des cafés, nombreux sur le boulevard, au nez et à la barbe de passants ignorants. Douce Gaïa, jeune folle d’amour. Ses seins explosaient au grand jour à l’instant où le dernier bouton de son manteau fut détaché. Spectacle sublimement bandant. Sa camarade de jeux s’empressa de les empoigner, tordant de plaisir le visage de ma douce voisine de palier. D’ici je ne voyais pas la langue se promener. Je l’imaginais juste caresser et fouiller les chairs humides, séparer les lèvres gonflées pour aller chatouiller le clitoris fièrement turgescent. Mon cœur en battait la chamade et mon souffle se faisait court. Il fallait que je calme mes ardeurs.
De l’autre côté du miroir, c’était l’escalade. La bouche gourmande remontait le corps de Gaïa en direction de sa poitrine. D’abord l’aine. Gaïa frissonnait. Le ventre, chatouillé du bout de la langue. Le fin pli qui dessine le bas des seins maintenant. Plus près, j’aurais pu voir ma locataire gagnée par la chair de poule. Après quelques secondes suspendues elle prit ce sein charnu en bouche, telle une enfant contre sa mère. Quel bonheur d’avoir un appartement si mal insonorisé. Leurs bouches maintenant se rencontraient, fiévreuses. Je crûs mourir à voir l’inconnue mordre au sang la lèvre inférieure de Gaïa. Mais quelle torture pour le voyeur que j’étais ! N’avaient-elles aucune pitié ?
Au tour de Gaïa d’en vouloir à l’imperméable de son amie. Point de délicatesse cette fois-ci, les boutons volèrent, violemment arrachés par un coup sec sur les pans du manteau. Pas de nudité non plus, mais pour moi ce fut bien pire. Sur la peau blanche, un magnifique soutien-gorge de dentelle noire. Quelques voluptueux centimètres plus bas, une culotte assortie. L’ensemble monochrome donnait sur la chair pâle un rendu du meilleur effet. Les fesses en étaient plus rebondies, les seins plus pigeonnants. Je ne rêvais qu’à voir ces attributs ôtés par Gaïa. Je reprenais mon activité onanique de plus belle. Les corps collés se mêlaient l’un à l’autre, se frottaient et se caressaient avec ferveur. Les gémissements de l’une répondaient aux soupirs de l’autre.
Gaïa reprit d’un coup les choses en main, basculant le corps de la blonde demoiselle sous elle d’un coup de hanche nerveux. Prisonnière, les poignets maintenus par des mains expertes, l’invitée esquissait un sourire ravageur. Elles s’embrassèrent à bouche-que-veux-tu. Intimant à son amie l’ordre de ne pas bouger, elle s’en alla servir deux coupes de champagne – le Veuve Cliquot que je lui avais offert à Noël ! – et revint pour la dégustation. Désormais lovées l’une contre l’autre, assises dans le fond du lit, elles dégustaient le précieux breuvage en se murmurant des mots doux à l’oreille. Une pause tendresse en pleins ébats. D’un bond et dans un éclat de rire, la blonde sortit du lit pour aller saisir le téléphone filaire de la maison, posé à quelques pas de là sur une petite table de chevet. Gaïa lui emboîta le pas pour l’empêcher d’utiliser l’appareil. Quel bonheur de voir ces deux corps lutter, s’étreindre, se toucher et les chairs sautiller, joyeuses.
Victorieuse, l’invitée composa un numéro sur le téléphone et échangea quelques mots que je ne pus comprendre. Tout sourire, elle retourna embrasser ma voisine de palier. Une poignée de minutes, et une ou deux coupes de champagne plus tard, on frappa à la porte. Elles s’empressèrent d’aller ouvrir ensemble, nue pour l’une et en sous-vêtements pour l’autre. De la scène, je ne vis rien. J’entendis juste des voix masculines s’esclaffer, sans doute à la vue des corps dénudés. Puis du silence, entrecoupé de gémissements gutturaux et mâles. Je n’entendais plus les dévergondées demoiselles. Déçu, je jurais intérieurement. Comment pouvaient-elles me laisse choir ainsi, tristement abandonné à la seule compagnie de la veuve poignet ? Gourgandines ! Je continuais cependant à me caresser, espérant sagement leur retour. J’aurais dû installer un miroir par pièce. Je me maudissais, fustigeant mon manque de prévoyance. J’attendis assez peu de temps en fait. Elles revinrent seules, après avoir sans doute satisfait deux hommes, si j’en croyais mes oreilles indiscrètes. Tout cela sentait la fin du combat, le terme des ébats amoureux, et je faisais par avance une croix sur mon plaisir personnel. L’inconnue enfilait à nouveau son imperméable, désormais fermé uniquement par la lanière. J’espérais pour son honneur que le vent ne soit pas trop fripon.
En guise de cadeau d’adieu, Gaïa fut plaquée sur mon miroir, mon beau miroir pour un dernier baiser fougueux. Sa brune chevelure, son dos, ses fesses se retrouvèrent écrasés contre la vitre sans tain. Quel spectacle que de voir sa croupe de si près ! Je reprenais espoir de mener à bien mon plaisir solitaire. Langues emmêlées, lèvres confondues, seins comprimés contre la poitrine de sa coquine amie, Gaïa était plus belle et plus offerte que jamais. Une main délicate vint s’immiscer entre ses cuisses qui s’écartaient, volontaires, m’offrant une vue comme je n’en aurais plus jamais. Les doigts allaient et venaient, paume à plat d’abord, pour caresser le con gonflé de plaisir. Les dernières phalanges, humide, laissèrent des traces sur mon miroir, ce genre de tâches qu’on espère éternelles. Puis les doigts se recroquevillèrent pour plonger dans l’antre intime de Gaïa. Ses cris perçaient le verre et claquaient à mon tympan comme des derniers encouragements. De mon côté, j’explosais comme un volcan sur un canapé qui en avait vu d’autres, sans penser à d’exorbitants frais de nettoyage à prévoir. L’effet de la croupe remuant sous le plaisir et collée à cette vitre transparente aurait fait jouir n’importe quel homme de ma connaissance et je n’échappais pas à la règle. Contre la vitre, quelques gouttes perlaient, cyprine projetée par la jouissance.
Le calme revenu, et après quelques manœuvres d’hygiène intime, je me rhabillais. De l’autre côté du miroir, la belle inconnue avait disparu, et seule restait Gaïa, allongée sur les draps blancs du lit qui faisait face à l’indiscret miroir. Elle était belle à damner tous les saints, j’étais trop vieux pour être amoureux. Pour autant, je n’étais pas ingrat, et pour la remercier de ce moment de voyeurisme qu’elle m’avait offert de bon gré, puisqu’elle connaissait aussi mon appartement, je me permis de lui laisser une petite note sous sa porte, qui disait ceci : « En raison de travaux de réfection dans l’immeuble, et pour vous dédommager de la gène occasionnée, je ne vous demanderai pas de loyer pour les trois prochains mois. Cordialement, le propriétaire.  » Ne me restait qu’à faire du bruit sans rien endommager pour imiter de théoriques travaux…

Auteur : Jerk

37 ans, et enfin un peu de temps pour écrire…

De l’anticipation, des nouvelles érotiques, des livres pour enfants, bref, sur tous les sujets possibles et imaginables pour peu que les créneaux horaires pour le faire soient disponibles. Papa de deux petites filles (qui ne lisent que mes textes pour enfants) et marié à une charmante épouse qui s’amuse à lire les autres.

Écrire, c’est mon exutoire, la meilleure manière de se changer les idées quand le travail me met face à une réalité plus dure. Je suis Assistant de Régulation au Samu. Une bonne raison pour que seule la Petite Mort ne revienne régulièrement dans mes textes pour adultes.

Vous pouvez me retrouver sur ma page Fb :www.facebook.com/jerkfractal

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