En Substance

Nous avons découvert Substance lors de nos errances facebookéennes. Pourquoi s’arrêter sur la production d’un artiste déjà ? D’une part, parce que l’objet proposé nous a « tapé dans...

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Nous avons découvert Substance lors de nos errances facebookéennes. Pourquoi s’arrêter sur la production d’un artiste déjà ?
D’une part, parce que l’objet proposé nous a « tapé dans l’œil ».
Ensuite, parce que nous y trouvons de l’originalité.
Enfin, parce qu’il nous raconte une histoire.

Substance réunissait ces trois points, et je n’étais pas le seul à apprécier son travail. Seena lui trouvait toutes les qualités, de la poésie, un message, un regard nouveau sur une ville que nous connaissons bien. Nous avons dû jouer ça à l’anecdote la plus salace : j’ai gagné. A moi le plaisir de lui proposer une interview.


Jerk : D’abord, merci. Nous avons mis du temps à croiser le fer de nos agendas respectifs, mais plus l’attente est longue, plus grand est le plaisir. Veux-tu bien te présenter à nos libertophiles lecteurs ?

Substance : Je suis Rita, Nathalie dans la vraie vie. Bruxelloise d’origine. J’ai quelque-chose comme deux fois 20 ans. Enfin un peu plus. Je vis à Lille depuis presque 4 ans. J’ai un passé de bibliothécaire musical, en région parisienne, en ce moment je vis de petits boulots. J’ai aussi un chat et quelques humains vivent avec moi. Que du très classique.

 

J : Ta production graphique, mélange de photo et de temps, nécessite sans doute beaucoup de travail de préparation comme de post-production. Peux-tu nous expliquer un peu ta méthode, comment se basent tes choix et d’où tires-tu tes idées ? 

 

S : D’abord, je voulais préciser que je ne suis pas photographe. Ni graphiste. Juste une amatrice qui est venue à la photographie et aux collages numériques un peu par hasard. J’ai toujours aimé « bricoler » et puis j’avais du temps.
Pour Substance, je me suis accordée des moyens plutôt réduits. Je fais presque tout avec mon téléphone. Je n’ai pas vraiment de méthode en fait. Je prends des photos de ce que je vois. Dans la rue d’une part. De mon corps d’autre part. J’ai des stocks assez énormes d’images que j’ai prises un peu partout où je vais. J’aime surtout les paysages urbains. Je retrouve avec quelques applis simples.
Je n’ai pas toujours d’idée prédéfinie du résultat final. J’ai abandonnée l’idée de vouloir aboutir à quelque chose de vraiment réfléchi parce que les quelques fois où j’ai essayé je n’ai pas du tout abouti à ce que j’avais imaginé.
En parallèle je vais beaucoup sur Pinterest pour récupérer de vieilles photos. Ou sur des catalogues d’images de bibliothèques notamment. Je fouille un peu partout. Et j’assemble de façon complètement empirique. Ça marche ou pas. Le plus souvent, presque tout le temps, quand je vais au bout d’une image je la publie. Autre contrainte que je me suis fixée. Je ressens comme un besoin de me débarrasser de ce que j’ai fait, pour passer à autre chose.

 

J : Nous apprécions tout particulièrement ce mélange des époques et des mœurs, qui nous renvoie au rebond puritain actuel. Je sais que ça fait vieux con quand je dis ça, mais n’y a-t-il pas une sorte de nostalgie des années 20 dans ton travail ? 

 

S : Une nostalgie je ne sais pas. Un goût pour la photographie ancienne, surtout dans les portraits. Le côté suranné et pudique même dans les représentations des habillées. La beauté classique, un peu figée mais tellement touchante par ailleurs.

 

J : Autre phase de ton travail, tu te mets en scène et découvre ou masque ton corps derrière des filtres et des glaces. Peux-tu nous parler de ton rapport au corps, le tien comme celui des autres ? 

 

S : Sujet délicat qu’il est un peu difficile pour moi d’aborder. J’ai un rapport plutôt épouvantable avec mon corps que je déteste. Cela prendrait des heures à en expliquer les causes et cela n’intéresserait personne. Pour autant, j’adore le nu, regarder les corps des autres, hommes ou femmes. J’aime la diversité. Les injonctions actuelles de perfection me fatiguent. Même si j’admets que l’on progresse par certains égards, la société impose toujours les critères de jeunesse et de minceurs comme ceux de la beauté. Je sais que mon corps n’est ni parfait, ni jeune, ni mince. Et c’est bien une des raisons qui me pousse à le montrer, en espérant en faire quelque chose de « beau ». Peut-être pour exorciser le mal. J’aime y ajouter des jeux de textures. En fait, je dis toujours que ces portraits ne sont pas moi. Je ne m’y vois pas du tout. Derrière ces photos, doit-on lire un message ? Non il n’y a pas vraiment de message derrière. Ni de sorte de thérapie comme certains aiment à le penser.

 

J : Quels retours as-tu au sujet de tes photos ? 

 

S : Plutôt bons. J’ai reçu des messages très touchants de personnes que mon travail intéresse, interpelle. J’ai commencé à en faire des tirages que je vends grâce à des demandes particulières. Je n’avais pas du tout prévu de vendre et d’être exposée chez les autres. C’est un plaisir assez dingue.

 

J : Etre artiste, c’est se montrer. Les réseaux sociaux t’offrent une vitrine dont tu profites, mais aura-t-on prochainement le plaisir, justement, de te voir exposée ? 

 

S : J’ai eu l’occasion d’exposer lors de l’inauguration de la nef du Phare de Tourcoing et récemment au Caf&-Disquaire, lors d’une expo commune pour les 13 ans du bar. J’aimerais continuer à exposer oui, mais je suis un peu nulle en démarchage.

 

J : Deux questions très traditionnelles pour terminer. D’abord, as-tu des projets en cours, ou en gestation ? 

 

S : Mon seul projet est de continuer à photographier et créer en espérant progresser toujours… Ah si. Je devrais travailler sur la création d’un site pour y exposer mes images mais c’est quelque chose que je reporte à l’infini…

 

J : Et enfin, aurais tu quelques artistes fétiches à nous faire découvrir ? 

 

S : En photographie je suis absolument fan du travail de Francesca Woodman, dont je conseille évidemment la découverte.

 

Merci pour ta participation à ce petit jeu des questions-réponses. Tu nous laisses le choix des œuvres graphiques qui orneront cette page, j’espère qu’il sera à la hauteur du talent que nous sommes convaincus voir en toi !


Sélection de photos difficile tant nous apprécions la qualité du travail proposé. Pour plus d’exhaustivité retrouvez Substance  sur PATREON

Vous pouvez également vous procurer ses créations sur son site : https://www.substancephoto.com/
   

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