Génèse

« Tu devrais t’inscrire sur un site. Tu te rendrais compte que tu plais »   Deux phrases, d’apparence anodines, qui me pousseront dans le périple du virtuel....

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« Tu devrais t’inscrire sur un site. Tu te rendrais compte que tu plais »

 

Deux phrases, d’apparence anodines, qui me pousseront dans le périple du virtuel. Périple qui vous fait passer par les étapes de : tests d’applications, photos à sélectionner, annonces à rédiger, remplissage de formulaires, recherches de connexions au réseau, «bjr mzlle» et autres prises de contacts plus loufoques, jusqu’à LUI.

LUI ?

Une fiche avec peu d’informations :

                    Phrase d’accroche : La vie est faite de plaisir. Vivons-les !

                    Âge : 35 ans

                    Taille : 1.77 m

                    Poids : 75 kg

                    Statut : information privée

                    Enfant : information privée

                    Passions : Running, Théâtre, Libertinage, Musiques, Océan.

Juste assez de photos pour pouvoir accéder aux fonctionnalités du site ; photos qui, par ailleurs, ne montraient pas grand-chose de LUI : le visage légèrement caché, assis face à la mer et, sa bouche.

Petit feedback réactionnaire, «Libertinage» notifié en «passion» ! Quelle audace ! Mais la meilleure manière d’attiser ma curiosité.

S’ensuivirent plusieurs longues heures d’échanges…

« Sééna – Je suis une passionné de la Vie ! J’aime ce qu’elle m’apporte, me fait vivre et découvrir ! Mais de là à imaginer que le «sexe» puisse être une passion… Je suis dubitative et pantoise, limite interrogative par ce choix… ? Tu m’expliques être marié, avoir des enfants, que ta femme ne partage pas ta «passion», comment peux-tu assumer ces envies seuls ? Ne pense pas que je porte un quelconque jugement sur tes pratiques… Je suis juste curieuse de comprendre…

Franz – Tu décris la «Vie» comme je pressens ma liberté. La vie est faite d’imprévus. Je déguste les instants pour ce qu’ils sont et ont à m’apporter. Le «sexe», comme tu dis, n’a rien d’engageant. J’aime ma femme et mes enfants. Chaques aspects de ma vie est un élément que je choisis. Ils sont des compléments qui forment mon équilibre.

– Mais si ta femme venait à l’apprendre ?

– Elle ne le saura pas. Je fais attention !

– Si tu le dis. Mais… je suis une femme et notre curiosité est sans limite. On ressent tout. Mais comme tu dis, ce sont TES choix. Tu es LIBRE ! »

Le temps s’est écoulé. Nous avons continué à nous découvrir, à compter les points en commun, à en sourire, à écrire les mêmes idées avec des mots différents, à échanger nos morceaux préférés, à faire le tour du monde de nos envies de voyages dans les grands espaces du globe, à parler des sensations des acteurs sur les planches, à écrire nos rêves de vie et de liberté, à débattre politique, …

En mon for, je me disais : “Un homme intéressant avec de la répartie de l’aplomb, qui confronte ses points de vue et qui me surprends dans le choix de ses mots.” Le type de personne qui vous mets en questionnement profond sur votre propre vision, mais qui laisse le champs libre à vos conceptions, idées, images, perceptions, représentations et rêves. Relation insidieuse qui entre ressentis d’alter égo et avidité de «savoir» confère à la rareté de ce type d’échanges.

Ma route est jonchée de ce type de rencontres : sur un banc à 10h du matin, dans un bar gay à 23h, dans le bus à 18h… dans le train à l’âge de 12 ans… Tiens, prenons cet exemple ! Petite fille, j’observais mon voisin de banquette et je trouvais le mot qui lancerait la discussion du reste du voyage… Et, en grandissant, de la nuit ou de la matinée… Ensuite ? Les chemins se séparent. Mais le souvenir reste intact. Je ne me pose jamais de questions sur ce qui est en train de se passer. J’enregistre juste le moment. La détection de ce type d’«humanoïde», m’apportant une réflexion, est un jeu. Une forme de plaisir qui perdure ensuite. Quand, dans le reste de ma solitude, je me repasse le film des mots.

Internet + LUI, sur une connexion, c’était une première. Déstabilisée, comme à chaque fois, par le manque de la relation visuelle, par l’absence du non-verbal, complexifie mon écoute active. C’est alors que mon imaginaire se place comme un palliatif non négligeable.

Ce soir là, il est 23h quand il me demande :

«– Où habites-tu ?

– A côté de mon rond-point papillon.»

A cette réponse, et après encore 30 minutes d’échanges, il m’enverra une photo de MON rond-point. Certaines femmes auraient pu être terrorisées par le fait de recevoir ce genre de photos. Pas moi! D’ailleurs, dans un élan de folie, je lui ai donné mon numéro de portable…

“– Bonsoir…

– Bonsoir…»

Un long silence s’en est suivi, presque naturel et sans gêne :

“– Je suis fatiguée. J’avais juste envie d’entendre ta voix.

– Il va donc falloir te reposer alors. Mais avant, puis-je te poser une question.

– Oui, bien sûr.

– Et tu heureuse ?

– A 60%. Pourquoi ?

– Repose toi. A demain Sééna.

– Demain ? Comment cela ?

– Laissons-nous la nuit pour savoir de quoi demain sera fait.

– Bonne nuit Franz

– Belle nuit Sééna»

Assise sur le pas de ma porte, je ne sais pas combien de temps je suis restée là à me repasser le film de cette journée d’écrits. Certainement jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de clope dans mon paquet ou que le froid me prenne.

Au réveil, le lendemain matin, j’ai d’abord cru que j’avais rêvé… Tout s’est bousculé devant mes yeux… Mon téléphone ? Où est mon téléphone ?

MESSAGE NON LU

J’ouvre l’application :

«Bonjour Sééna, j’espère que tu as bien dormi ? Je te donne rendez-vous à 18h, lieu de ton choix dans les alentours de Metz. Je sais que tout comme moi tu as envie de mettre un visage sur des mots. Et je dois reprendre ma route pour la forêt de Brocéliande demain matin au plus tôt, c’est le seul moment que je peux t’accorder et je n’aurais que quelques minutes devant moi. Tu es libre de refuser…»

«Bonjour Franz…”

Voyant vert de connection :

“- Bonjour Sééna…

– J’imagine qu’il te faut un endroit discret ?

– Oui

– Je prendrais la première sortie avant Montigny-lès-Metz et je me gare devant l’usine UEM

– Je vois où cela se trouve, j’ai tes coordonnées téléphonique en cas d’empêchement. N’utilise pas les miennes. Il n’y a que moi qui te contacte. Je ne peux pas rester plus longtemps connecté. A ce soir Sééna.»

 

Pantoise devant mon café, il est 10h37. La journée va être longue. Les saveurs de mon petit déjeuner me semblent différentes…

Je ne suis pas calme. Mon cerveau vrille de sensations en sensations, passant de la question féminine en puissance «Que vais-je me mettre ?» à la plus basique «Pourquoi ai-je répondu positivement à sa proposition ?» Impossible de refuser, je veux découvrir les yeux qui se cachent sous ce chapeau…

Apprêtée, au mieux de mon naturel, maquillage léger – mascara, blush, lipsticks -, une robe bleue forme empire, une veste similicuir rouge, une paire de boots beige et les cheveux remontés en chignon avec quelques barrettes, je me gare à l’endroit prévu. Je ne sais rien sur LUI. Chaque voiture qui arrivent font frémir mes jambes jusqu’à mes doigts. Je fais tourner «Road» de Portishead dans mes enceintes. Et fenêtre ouverte, je fume mes Vogue mentholées.

Le temps de baisser les yeux vers mon téléphone, je sens une présence. IL m’ouvre la porte. Les sourires sont tremblants mais nous n’avons pas besoin de nous présenter.

«Allons marcher» dit-il.

Effectivement, nous avons marché de quelques rires forcés en échanges terriblement gauches. Je ne me souviens pas avoir croisé ses yeux, avoir osé… Osé ?

Il n’avait pas beaucoup de temps, il m’avait prévenue… Nous revenons donc vers nos véhicules respectifs.

Face à face, cette parenthèse allait se refermer et nous allions reprendre nos routes…

J’ai levé mes yeux, plongé dans cette immensité verte, et, découvert ce sourire ! Mes lèvres se sont allumées, mon ventre s’est contracté, mes oreilles sont devenues rouge, ma bouche s’est portée à la commissure de ses lèvres pour y déposer un baiser et, me décalent d’un pas sur la droite, je me suis dirigée vers mon véhicule sans me retourner.

Arrivée à la portière, j’ai lancé un «Au Revoir» dans un regard brillant. Portant la main à son oreille en signe d’incompréhension, il jeta son regard à droite et gauche de la rue, traversa en trombe et en un claquement de doigt je me suis retrouvée plaquée contre la portière de ma voiture sa langue au fond de ma gorge, une main empoignant le bord de ma robe pour la faire remonter à hauteur de mes fesses, son corps poussant le mien à se plaquer contre la tôle et sa seconde main dans mes cheveux.

Il a reculé brusquement. Encore cet immense sourire. Il a reculé en sautillant comme un enfant :

«Nous allons nous revoir Sééna, sois en sûre. Tu es délicieuse et bien plus que tu ne le sais.»

Adossée sur ma porte bleutée, les bras ballants, la bouche encore ouverte, je me sens comme vidée de certaines de mes peurs et remplie par d’autres.

Je ne le savais pas encore… Mais c’était le début de l’envol de Sééna…

 

Sééna

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1 comment

  1. Different591 Répondre

    Quel joli moment que voila Seena.

    Mais que serait il arrivé si il n’avait pas forcé les choses, si son respect de la liberté de l’autre l’avait conduit à simplement te mettre à disposition un moment sans jouer de l’énigme et de la tension du désir de le connaitre?
    Le fait d’apporter le respect purement et simplement font que les femmes sentent qu’elles ont l’ascendant, ou plutôt en ont l’impression et ne veulent pas découvrir d’avantage.
    Si les critères divergent de la norme, la fuite prend le pas car sans contrepartie attendue les choses sont différente, devoir choisir sans pression est alors une chose que peu de personnes font. Demander est dans la même veine.
    Combien de fois j’ai vue cela et combien de fois je le verrais. Je m’en amuse car la peur gouverne les choix, la différence intrigue mais la peur prends presque toujours le dessus.
    Un respect sans faille, une attention sans contrepartie suffisent a bloquer tout choix de découverte.
    Sans cet appel à ta curiosité, à la volonté de découvrir une chose peu connue mais qui reste dans un cadre établi, aurais tu choisi de le rencontrer?
    Pour la plupart des gens c’est une réponse négative, pour la plupart des femmes libertines le choix se portera sur un autre homme plus établi et conforme à ce qu’elle connaisse.

    Merci en tout cas pour ce joli moment de vie que tu partages ici, il trace le schèma que bien des hommes suivent pour conquerir une femme.

    Bisous

    Different591