Juste un instant…

Juste un instant qui débute en ce samedi d’hiver. « -Tain Lucas, fait gaffe ! » Le vaisselier de Douchka était enfin en passe de gravir les étages. Il été vraiment...

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Juste un instant qui débute en ce samedi d’hiver.

« -Tain Lucas, fait gaffe ! »

Le vaisselier de Douchka était enfin en passe de gravir les étages. Il été vraiment aussi symbolique qu’encombrant. Merci Grani’s Douchka pour cette « merveille ». Une épopée ce meuble ! Quelques instants plus tôt, je m’étais pris le pied dans le paillasson et avait trébuché. Tenant bon la planche de chêne du premier niveau de ce meuble, il avait penché dangereusement, aussi dangereusement que mon corps le retenant, et l’un des tiroirs s’était écrasé sur le palier.

« Allez ! Glisse à gauche et vient finir de remplir l’ascenseur. Il fait faim ! »

La vitre de l’ascenseur venait de toucher mon dos. Un cliquetis inquiétant se mêlait à nos rires et à la douleur de mes doigts.

Quelques cartons encore, quelques bonjours échangés avec les autres copropriétaires de l’immeuble, et la pause « pizzas-bières », que nous avions déclinée en « charcuterie-vin rouge », deviendrait salvatrice.

« -Grimpe, Lucas » lance Ralph le doigt sur le bouton.

Un dernier sac sous le bras, l’halogène dans l’autre main, je me place dans le coin avant droit de l’ascenseur derrière ce dernier.

« -Sincèrement les gars, je ne ferai pas ça tous les week-ends, dis-je en frottant le bas de mon dos dans l’espoir que le buffet n’est pas eu raison de ma trentaine et de ces nouveaux maux que l’on découvre, comme la sciatique.

– Arrête Lucas, on a bouclé ça en une matinée. On s’est super bien débrouillés. Le trio infernal du déménagement ! »

Comme pour conclure, la porte coulisse sur la gauche pour se fermer. A cet instant, des doigts extérieurs viennent l’attraper. Le mécanisme se bloque et se rouvre.

« -Tu vas y être bien dans cet appart mon Douchka, lance Raplh »

Quelqu’un entre dans la boite de transport horizontal. J’hume. C’est frais et épicé. J’en ferme les yeux. Je n’arrive pas à me concentrer. Pour mes amis, cette présence n’a pas coupé leurs échanges. Coincés dans le fond, il philosophe et j’écoute :

« -Un vrai renouveau mon Ralph. Hey Lucas, vocifère Douchka derrière sa pile de cartons. On va en baiser d’la meuf ! ». Je dodeline en levant les yeux aux ciels. Je ne vois pas leurs pitreries. Mais je souris en coin. Je n’ai aucun mal à imaginer mon meilleur ami fronçant son visage d’un air séducteur. Les soubresauts de l’ascenseur supplantent les délicates attentions que ses hanches font sur les cartons agrippés d’une main ferme.

Je n’en sais pas plus le corps à ma gauche : le « elle », entrée sans un mot. J’entrevois juste un morceau de tissu bleu, peut-être celui d’un tee-shirt ou d’une blouse. Il attise ma curiosité. L’odeur s’imprègne en moi. Les notes sont légères. Je referme les yeux. Concentré, je les reconnais, enfin, cerise poivrée. Il n’est pas nécessaire de vous dévoiler la raison pour laquelle vos fragrances corporels non aucun secret pour moi. Diantre, elle, elle sent terriblement bon.

Tout à coup, je suis saisi par une caresse sur la paume de ma main. Celle de gauche qui est posée sur la tige de l’halogène. Je grispe mes doigts instinctivement. Mes sens se modifient. Ma respiration se coupe, mes oreilles occultent. Seules mes terminaisons nerveuses renseignent mon hypothalamus.

C’est un doigt qui me caresse. Il glisse entre mon pousse et mon index. Il s’insère au creux de ma paume.

A l’unisson, l’ascenseur ralenti, s’ouvre. J’ouvre mes yeux. Mes amis rient dans le fond. Je constate sur l’écran que nous sommes à l’étage deux. Les portes se referment. Une immense bouffée de chaleur m’envahit. Elle remonte de mon estomac pour rendre mes oreilles écarlates. Je lâche l’allogène. J’ouvre mes doigts.

Dans ma main, un papier déchiré et plié. Je le déplie et y lis : « Je suis Hélia. J’ai envie de jouer. Trouve moi. »

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