RedBkode, de bouche à langue…

Parfois, de profils Facebook en pérégrinations hasardeuses, une image capte le regard. Elle suscite l’intérêt et arrête le trajet du web-voyageur. Et bien c’est exactement comme ça que...

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Parfois, de profils Facebook en pérégrinations hasardeuses, une image capte le regard. Elle suscite l’intérêt et arrête le trajet du web-voyageur.
Et bien c’est exactement comme ça que je suis tombé sur les pâtographies de Redbkode. Une bouche, rouge. Un message, bref. Un selfie plongeant vers des abîmes inconnues. Couillu, sensuel, transgressif. Libre. Tout ce que nous aimons.

 

« J : Bonjour Redbkode. Heureux de t’accueillir dans les filets de Non-Censuré pour une interview qui je l’espère sera al dente.

Raconte nous un peu… c’est quoi cette histoire de pâtes ?

R : La pâtographie est née il y a environ 4 ans, l’idée est venue d’elle-même, au cours d’une séance photographique. J’ai toujours eu envie qu’une nouille, une pâte (cet aliment si ordinaire) puisse devenir sexy, je me disais : « si tu arrives à rendre ce truc érotique, tu prouveras que la sensualité, l’érotisme se cachent partout, même au rayon de ton supermarché et ton pari sera réussi ». Bien évidemment sous cette petite nouille c’est l’envie que tout corps puisse être érotisable … même les corps que l’on essaye de nous faire croire qu’ils ne se sont pas ! Sous cet aliment ordinaire, il y a la volonté que la femme ordinaire soit érotique, je veux dire toute femme même celle qui se pense, ou, que l’on pense ordinaire, puisse être libre de transformer (transcender) l’image d’elle-même ou qu’elle a d’elle-même. L’érotisme, le sexy, le charme n’est pas forcément une question de corps mais d’attitude.

Amoureuse des mots depuis toujours et ayant un blog photos à connotation sexy, je réalisais donc une série photo (nue), enduis d’huile parfumée je lançais ces petites lettres en l’air dans le jardin et elles venaient recouvrir mon corps, former parfois des petits mots sur mon corps, jusqu’à ce qu’un ‘S’ se pose sur ma langue. A cette découverte, je compris que si j’ajoutais EX à ce S, de suite j’avais une image forte ! La pâtographie était née. Cette série reste un souvenir merveilleux, de me voir et sentir enrobée de toutes ses lettres.

4 ans plus tard c’est plus de 800 mots qui sont déjà illustrés et l’abandon du site ‘sexy’ pour ne me consacrer qu’à RedBkode (Red+Black+Code).

 

J : De fait, que ressens-tu, physiquement, moralement, lorsque tu composes tes créations ?

R : Les sensations ? Je suis hors du temps et hors du monde lorsque je crée et je ne suis pas auto-excitée ou ce genre de sensations. Je suis plutôt concentrée, attentive à la pose et au mot que j’illustre. La sensation vient plus du message de mon côté, par exemple lorsque j’écris : Mon âme à l’Art, je suis si émue que je pleure. C’est une émotion si forte de sentir que je suis au service de ce petit art nouille, que mon corps est un support, que je suis juste là comme accessoire et que mon âme est complètement habitée par lui. Au risque donc de décevoir, non, je ne suis pas dans un état auto-érotique, je ne vois que le mot et je suis détachée de ce moi qui n’est là que pour illustrer le sens. C’est un AUTRE-MOI …

 

J  : Aucune déception pour ma part. C’est de l’Art, pas du cochon. Mais je me doute que tu as du souvent être confrontée, comme toute femme qui crée avec son corps, à quelques remarques déplacées.

R : J’y suis très très rarement confrontée… J’ai un public très respectueux, très prévenant, protecteur et très peu de ‘lourdauds’.

 

J : Parle-nous un peu du process de création : chemin / idée / mise en scène / photo / retouche(s)

R : Je ne retouche quasi pas. Je contraste. Je mets un peu de lumière, s’il en manque ; et, peu de couleur car j’aime ce côté pop et coloré. Je me garde bien de recadrer, de lisser ma peau etc. Je ne fais rien de plus, je ne gomme pas mes «défauts» … Ils sont une partie de moi et je les montre parfois volontairement (BodyPositive- Mon petit ventre se montre souvent)

Concernant les idées, elles viennent toutes seules, je ne pose pas à une table avec un carnet blanc. Je note par contre tous les mots qui me viennent à l’esprit (sans cesse ou presque). Il m’arrive de me réveiller la nuit et de noter… C’est pourquoi, souvent, je dors en écoutant des podcasts, cela évite que les mots qui tournent en moi et me réveillent.

La pâtographie est étrangement un art très organisé, je photographie les mots le samedi matin, tout est préparé la veille et je me lève tôt. Concernant les tenues et accessoires c’est en regardant le mot que je pioche à l’instinct dans mon bac spécialement conçu pour les séances photos. En général j’illustre 5 mots maximum par séance, cela demande beaucoup de concentration et de temps entre les différents mots (maquillage, changement de tenue, brossage de dents etc.)

Tout est en général rangé avant que les enfants ne se lèvent, et la journée peut suivre son cours.

Donc tout est instinctif ou presque, je me laisse porter par les inspirations et réfléchis peu, c’est comme cela la pâtographie. Et quand je suis dans ce processus créatif, je suis heureuse, apaisée, calme.

 

J : Peut-on créer sans ressentir de la souffrance ?

R : Je vais parler de mon cas personnel… Si je peux créer dans la joie, dans un climat serein, apaisé je ne suis jamais plus inspirée que dans mes moments de fragilité. Je suis un être très sensible au monde et aux choses, aux sentiments … Créer m’équilibre et sort mes démons hors de moi, apaise mes peines et mes chagrins, mes angoisses de femme. La pâtographie est le meilleur des anti-dépresseur et me permet de gérer ma vie réelle de la meilleure des manières qu’il soit. Créer dans la douleur ce n’est pas ce que je préfère mais je dois me rendre à l’évidence : je produis beaucoup quand je suis blessée. En ce moment, je suis dans une production intense autant pâtographique que littéraire (textes). Cependant, si tu me croises dans le réel, je suis une femme souriante, positive, volontaire, je crois que je dois tout cela à mon Art Nouille, qui permet que les tracas du réel aient finalement peu de prise sur la femme ou la maman que je suis. C’est un sentiment étrange de comprendre que je peux souffrir et que cette souffrance s’équilibre grâce à la création. Je ne peux nier que la pâtographie trouve racine dans une souffrance, sans cette souffrance initiale je n’aurai jamais été «obligée» de créer ce monde refuge, ce monde sexy et coloré, plein d’humour de poésie et de sexe. Un monde à l’opposé de ce que je vivais dans le réel à cette période. Une période de ma vie, en effet, très trouble que je ne regrette finalement pas, car elle a donné naissance à un si bel univers. C’est une résilience Redbkode…

 

J : Quand sais-tu que ta photo est « bonne ». Et puisqu’on donne énormément de sens différents à ce mot, quelle est ta réaction quand le spectateur lambda dit de ton image ou de ton corps : elle est bonne.

R : Lors d’une séance je prends en général 30 à 40 clichés pour n’en garder qu’un ou deux … Lorsque je regarde l’ensemble du shooting réalisé, mon œil instinctivement choisi l’image qui «parle» illustre le mieux mon propos. L’image est bonne pour moi quand le mot fait sens ou contre sens à l’image. Cependant, je pense que parfois certains sens me sont très personnels. Je ne sais pas s’ils sont tous perceptibles à chacun (Comme MATHS-MOI qui a pour moi 4 sens)

Quant au spectateur lambda, comme tu le nommes, je n’ai jamais eu frontalement un ‘elle est bonne’, je crois que mes images sont faites pour que chacun y projette ce qu’il veut y projeter. Ce qui m’importe c’est plus le mot, le sens, et sa combinaison avec l’image bien sûr. Ce que j’aime c’est quand on reconnaît l’esprit plus que la plastique. Cependant, en jouant sur un tableau souvent érotique, je ne peux échapper à une lecture plus basique de mes images et je l’assume.

Enfin, si je reviens au basique ‘elle est bonne’, je me dis que mes photos véhiculent une image sexy des femmes pulpeuses, voire BBW (Big Beautiful Woman) et que je sers aussi la cause des femmes comme moi. J’ai donc beaucoup de retours de femmes qui me disent que grâce à mes clichés elles ont compris que leurs complexes pouvaient s’envoler et qu’on pouvait, nous, femmes rondes, assumer le côté sexy de nos corps hors normes ! Alors ‘elle est bonne’ oui ! Nous sommes bonnes ! Le principal est de montrer que chaque femme peut être libre avec son corps et en jouir.

 

J : Au bout de ce projet, il y a quoi ? Je veux dire… si tu vas au bout de l’idée, quel sera l’aboutissement du projet pâtographique.

R : Si je vais au bout…Il n’y en a pas car le langage, les jeux de mots, les mots me semblent un champs d’exploration tellement vaste que je m’étourdis à penser que je n’aurais jamais le temps de réaliser tout ce que je peux créer … Même si une de mes filles m’a dit un jour : ‘t’inquiète pas quand ta bouche sera fripée on te photoshopera à mort !’ (je précise que mes enfants ne voient pas tous mes visuels)

Cependant l’aboutissement ultime serait un dictionnaire pâtographique, bien entendu.

Si pour moi il n’y a pas de limite à ce langage, sans être une fin, j’ai quand même pour souhait le développement de l’édition de mes mugs pâtographiques car c’est un produit que j’adore travailler et qui rend ce petit art très ludique ! Je suis en phase d’ailleurs d’un relooking complet de l’ensemble de ma collection (environ 30 modèles).

 

J : De nouvelles expériences en vue ?

R : Oui ! Je suis une femme de projets et j’aime aller de l’avant, j’ai besoin de sentir que j’ai des idées, des inspirations … Même si souvent je dois me canaliser pour ne pas partir dans tous les sens.

Actuellement je travaille en parallèle de mes visuels sur un projet littéraire, un recueil de nouvelles érotiques qui seront illustrées de mes images. Je souhaite également y inclure des #RécitPornFlash qui sont des récits porn très courts à ‘avaler cul sec’ et des ‘Plume à l’œil’ (des petits récits porn flash écrits de ma main sur un petit carnet). Je pense raisonnablement être prête en décembre 2018 (en autoédition ou …). C’est un nouveau défi pour moi ce bouquin. J’avoue que je ne mesurais pas vraiment l’ampleur du travail à fournir mais c’est lancé et je ne peux plus reculer.

Dans le cadre de Redbkode,

je suis toujours en quête d’expositions, de visibilité, hors de mon lieu de résidence où je participe à des Biennales des Arts et expositions de manière assez régulière. J’aimerais, il est vrai, pouvoir trouver de nouveaux lieux. Des projets de collaboration sont aussi en cours, les séries en duo me semblent une belle parenthèse à mon art, tout comme développer la partie Street-Art avec la diffusion de mes stickers. Les idées ne manquent pas, le temps manque souvent …

Je réfléchis au lancement d’une gamme de tee-shirts, à des tatouages éphémères … Le mot ‘projet’ est un mot que j’affectionne !

 

J : Questions cons et questions courtes pouvant peut être appeler à une réponse en image …

Quand tu vois un gamin manger des pâtes alphabet, tu penses travail gâché ?

R : Non, je repense à la petite fille que j’étais écrivant des mots sur le bord de son assiette…

J : Le spaghettis, ami ou ennemi ?

 

J : Ta bouche, pour toi c’est …

J : Une devise, une phrase que tu fais tienne ?       R : Je fais ce pour quoi je suis faite.

J : Ta relation à la nourriture ?

J : Être libre c’est ?

J : Ta qualité comme ton défaut ?

R : Sensible

 

Femme d’action qui croque la vie à pleines dents, merci de ton passage entre les lignes de code du site Non-Censuré. Je peux t’assurer que nous serons ravis de partager avec nos lecteurs libertaires la suite de tes aventures.

Nous invitons tous ceux qui ont apprécié ta visite ici à te rejoindre sur les réseaux sociaux www.facebook.com/redbkodetwitter.com/RedBKodewww.instagram.com/redbkode ou encore à visiter ta boutique redbkode.jimdo.com pour acheter quelques jolis goodies, comme ceux que tu as eu la gentillesse de nous offrir !

A bientôt !

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