Sentir ou imaginer…

Je suis virevoltante, je suis une libre pensante, je suis remplie de la peur du regard des autres, je suis terriblement gauche… Je suis Sééna et je vous...

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Je suis virevoltante, je suis une libre pensante, je suis remplie de la peur du regard des autres, je suis terriblement gauche… Je suis Sééna et je vous livre un bout de moi…

Un matin comme les autres où je me donne de la contenance par la rapidité de mes pas, poussés par la musique de ma playlist. Les gens passent à côté de moi et je ne les regarde pas franchement. Je les sens. Je ne sais même pas si eux me voit ? Mais j’aime imaginer ce qu’ils pensent quand ils me croisent. Il y a des jours où je me sens puissante, j’ai 700-802 envie que l’on me regarde; et il y a les autres, bien plus nombreux, où j’aimerais être une petite souris ou être transparente. Je pourrais fuir, mais je ne peux pas me passer du contact des humanoïdes qui sont un vaste sujet de questionnements pour moi.

Les portes s’ouvrent, je monte dans le bus. Un peu trop d’humanoïdes à mon goût. Quand ils sont nombreux, je ne peux pas les observer : laisser tourner mon regard dans le vide ou les scruter avec discrétion. Pas d’angles disponibles, il va falloir que je m’accroche debout au milieu du bus. Sans être sûre de ne pas être moi-même observée, je fais le choix de regarder mes pieds.

Cette odeur… Bleu de Chanel… Merde ! Je suis électrisée… Non ! Pas ce matin… IL est là… ?

Et voilà ! J’ai les mains moites, les tempes qui bougent toutes seules, et le souffle… Le mien vient difficilement… Le sien est dans mon cou… La barre glisse sous mes doigts. Je n’ose plus bouger. Une utopie quand on est en station debout dans le bus. Ma bouche se pince. Je ne vois pas son visage mais je sais que c’est son corps qui est derrière le mien ! IL fait 70-246 partie des humanoïdes que j’observe régulièrement : intriguant celui-là ! N’importe quel observateur lambda, lui allouerait une vie dites «rangée». Sauf moi, j’ai vu son vrai regard, lorsque j’étais tapie dans le fond du bus.

La situation n’est pas la même aujourd’hui. J’ai l’impression que c’est moi qui suis en mauvaise posture… Seule sa main est à la hauteur de mes yeux, serrée autour de cette barre : forte, lourde, ongles propres, belle forme, ALLIANCE !

Et là, irrémédiablement, en relâchant mes cervicales et mes épaules, mes fesses se tendent contre lui. Sééna, STOP, que fais-tu ? Tu ne le connais pas, tu ne lui as jamais parlé. Tu ne sais pas qui il est. Tu le croises de temps à autre pour prendre ton poste du matin.

IL a dû le sentir puisque ses phalanges glissent sous mon T-Shirt, lentement, pour venir les poser sur mon ventre… Mes muscles abdominaux se contractent, ma vulve me fait mal, mes reins tirent, mon dos est creusé. Un léger mouvement de bassin, je la cherche et elle vient se placer contre ma cuisse : quelle turgescence !

Je me retourne. Il n’y a personne et aucune main sur mon ventre ! Que vient-il de se passer ? Stupeur, je suis effrayée, le regard hagard… Il faut que je sorte. J’étouffe. J’ai honte. J’ai chaud. Je bouscule sans m’excuser, je descends et respire à pleins poumons !

Sééna

 

photo : Matt Sertic

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