Une vraie partie de plaisir ?!

Je suis suintant et trempé jusqu’au os. C’est le souffle court que je tente de replacer mon maillot collé sur mon buste. Dans un brin de sursaut de...

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Je suis suintant et trempé jusqu’au os. C’est le souffle court que je tente de replacer mon maillot collé sur mon buste. Dans un brin de sursaut de prestance, ma main replace les cheveux mouillés sur mon front.

J’approuve ! Une vraie partie de plaisir…

J’élimine les dernières foulées sur les notes remixées de Kate Bush. Vanessa coatch vocal français de Runtastic sonne le glas :

« Ten kilometers ». Je prends note de mes performances sur mon bracelet connecté. Elles ne sont pas mauvaises. En en moins d’une heure, je les ai avalé ces 10 bornes. Je fais la moue et déplore intérieurement de ne pas atteindre les 11 ou 12 kms/h, et ce, malgré mon assiduité : « Je ne suis, toujours pas, explosif. »

Trois fois par semaine, depuis… depuis ma séparation d’avec Justine, soit… depuis deux ans, j’hume l’odeur de la terre alors que je suis en sueur ; je respire l’odeur des arbres et de leurs feuilles en décomposition alors que mes chaussures s’enfonce sur l’irrégularité du chemin.

Après elle…? Après elle, il m’a fallu respirer pour ne pas étouffer de tristesse, respirer pour ne pas sentir la pesanteur de son absence, respirer pour ne pas ressentir l’impact de ses actions passées sur moi. Dominante de caractère, j’avais plié à tous ses caprices pour la rendre heureuse. Elle a fini par me quitter parce que je l’étouffais de ma gentillesse.

Bien sûr que j’étais étouffant. Je suis le seul responsable de ma propre sensation de mal être. J’ai aimé avec démesure. J’ai aimé avec la peur au ventre. J’ai aimé dans l’euphorie de mes démons : l’abandon et la dévotion. Je l’ai adorée au sens propre du terme. Je l’ai dévorée par mes attentions amoureuses. J’étais son lèche botte : jouissant de l’avoir au bout de mes doigts et pensant la posséder par les battements de mon cœur.

Maintenant, trois fois par semaine, mon corps évacue par tous mes pores. Mon cœur évacue, encore, parfois, par les yeux. Mon âme a, déjà, tout évacué par les cris. Quant à mon esprit, lui, il a muté.

Je m’explique.

Les images se sont construites au fur et à mesure de mes sorties. Au début, j’ai cru à des mirages. Au loin, je distinguais sa silhouette. Je voyais son corps nue, attaché à un arbre.

Choqué, la première fois, j’ai vomi.

Les fois suivantes, d’un focal rapide, l’arbre avait rapporté son corps au plus prêt de mon visage. Ses pieds étaient nues et sales. Ses seins libres, caressés par quelques mèches de cheveux bruns, pointaient. Ils échappaient à toutes les indécences.

Au fur et à mesure de mes courses, le mirage est devenu fantasme. Elle ne disparaissait plus derrière mes paupières, même closent. Au contraire, plus je fermais les yeux, plus je renonçais à ces images, plus elles apparaissaient réelles. Elle était effrayée. J’étais excité. Je l’aurais cinglée avec un branchage. Ma rage s’est envolée avec ces pulsions de désirs, ces envies de douleur sur l’autre.

Un coup d’œil à ma montre. Il faut que je rentre. Ma séance d’étirements m’attends et se prolonge d’une dizaine de minutes le vendredi.

De surcroît, demain, je déménage Douchka.

Röyksopp&Robyn ont pris possession de mon ouïe. Qu’est ce que j’aime avoir le goût de l’effort au fond de ma bouche…

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